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Mitrale robotique : le pectus excavatum n'est plus une contre-indication

Le pectus excavatum est traditionnellement considéré comme une contre-indication relative à la chiru...

Chirurgie mitrale robotique et pectus excavatum : repousser les limites de l'accès

Le pectus excavatum est traditionnellement considéré comme une contre-indication relative à la chirurgie cardiaque robotique. La dépression sternale caractéristique impose en effet des défis techniques majeurs, restreignant l'espace de travail et compliquant l'exposition de la valve mitrale. Ce rapport de cas documente la prise en charge de trois patients, âgés de 38 à 74 ans, présentant une régurgitation mitrale sévère associée à un pectus excavatum marqué, avec des indices de Haller s'étendant de 3,2 à un score extrême de 7,2.

L’objectif de cette étude est de démontrer la faisabilité et la sécurité de la plastie mitrale robot-assistée chez ces patients complexes. Les auteurs testent l'hypothèse qu'une planification préopératoire minutieuse, incluant l'imagerie par scanner, et une adaptation peropératoire du positionnement des trocarts permettent de surmonter les contraintes anatomiques du thorax en entonnoir. Pour le praticien, il s'agit de déterminer si la qualité de la réparation valvulaire peut être maintenue sans compromis, malgré une architecture thoracique défavorable qui limiterait habituellement l'usage de la robotique au profit d'approches plus invasives.

Design et protocole clinique

Ce rapport de cas documente la prise en charge chirurgicale robot-assistée de trois patients (âgés de 38, 60 et 74 ans) présentant une insuffisance mitrale (IM) dégénérative sévère associée à un pectus excavatum significatif. L’objectif était d’évaluer la faisabilité d’une approche robotique malgré les contraintes d'accès liées à la déformité thoracique.

Population et évaluation préopératoire

La sévérité de la déformation sternale a été quantifiée par tomodensitométrie (TDM) via l’indice de Haller (IH) :

  • Patient 1 (F, 60 ans) : IH sévère de 7,2.
  • Patient 2 (H, 74 ans) : IH modéré de 3,2.
  • Patient 3 (F, 38 ans) : IH estimé à 3,2.

L'anatomie valvulaire, incluant des prolapsus de P2 et des ruptures de cordages, a été caractérisée par échographie transœsophagienne (ETO) préopératoire.

Technique chirurgicale et instrumentation

L'intervention a été réalisée sous circulation extracorporelle (CEC) périphérique (artère fémorale 21-F, veine 25-F) et canulation jugulaire interne droite (16-F) sous guidage échographique. La protection myocardique a été assurée par arrêt cardioplégique antérograde après occlusion aortique (endoballon pour le patient 1 ; clampage transverse pour les patients 2 et 3).

L'accès robotique a été adapté selon la sévérité du pectus :

  • Approche standard (Patients 2 et 3) : Thoracotomie antérolatérale en 4ème espace intercostal (EIC) droit, avec bras robotiques en 3ème, 4ème et 6ème EIC.
  • Approche modifiée (Patient 1) : Ports décalés d'un espace vers le haut (port de travail en 3ème EIC ; bras robotiques en 2ème, 3ème et 5ème EIC) pour compenser la déformation inférieure.

Analyse et suivi

Les réparations ont inclus des anneaux d'annuloplastie (32 mm pour P1, 36 mm pour P2, 28 mm pour P3) et des néocordages Gore-Tex. Le patient 2 a bénéficié d'une procédure MAZE (cryoablation) et d'une occlusion de l'appendice auriculaire gauche. Les résultats ont été validés par ETO peropératoire et échographie transthoracique (ETT) avec un suivi clinique allant de 1 à 11 mois.

Résultats cliniques et paramètres opératoires

L'étude rapporte la prise en charge de trois patients (deux femmes de 60 et 38 ans, un homme de 74 ans) présentant une insuffisance mitrale (IM) sévère associée à un pectus excavatum significatif. L'index de Haller maximal variait de 3,2 à 7,2. Pour la patiente présentant la déformation la plus sévère (index 7,2), l'accès chirurgical a été modifié par un déplacement des trocarts d'un espace intercostal vers le haut (3ème espace au lieu du 4ème) pour compenser la compression médiastinale inférieure.

ParamètrePatient 1Patient 2Patient 3
Index de Haller (max)7,23,23,2
Temps de CEC (min)178210150
Temps de clampage aortique (min)12212683
Technique de réparationAnneau 32 mm + 4 néocordagesAnneau 36 mm + 4 néocordages (+ MAZE/LAA)Anneau d'annuloplastie 28 mm
IM postopératoire immédiateAbsenteTraceTrace à légère
Durée totale de séjour (h)250130105

Observations peropératoires et suivi

L'analyse valvulaire a confirmé des étiologies dégénératives myxoïdes pour les trois cas, incluant des prolapsus de P2, des fentes P2/P3 ou des atteintes bi-feuillets. La fonction ventriculaire droite postopératoire immédiate a été évaluée comme normale pour les trois patients. Les gradients mitraux moyens post-réparation étaient faibles, s'étendant de 1 à 3 mmHg en phase postopératoire immédiate.

  • Patient 1 : Sortie au 10ème jour postopératoire (250 h) après drainage d'un épanchement péricardique persistant. À 2 mois, l'échographie montre une IM résiduelle minime.
  • Patient 2 : Récupération sans incident, sortie au 5ème jour (130 h). Absence d'IM à l'échographie de contrôle à J5.
  • Patient 3 : Sortie au 5ème jour (105 h) avec un gradient moyen de 7 mmHg. Succès de la réparation maintenu à 11 mois de suivi.

L'imagerie préopératoire par scanner a été déterminante pour la planification de l'accès, permettant de confirmer la faisabilité de l'approche robotique malgré la réduction de l'espace de travail intrathoracique induite par la déformation sternale.

Analyse des résultats et faisabilité technique

Cette série de trois cas démontre que le pectus excavatum, même sévère (index de Haller jusqu’à 7,2), ne constitue plus une contre-indication absolue à la chirurgie mitrale robotique. Le succès des interventions repose sur une planification préopératoire rigoureuse par scanner thoracique, permettant d’anticiper les conflits anatomiques entre l’instrumentation robotique et la déformation sternale. Pour la patiente présentant la déformation la plus marquée, l’adaptation tactique a consisté à décaler les orifices de trocarts d’un espace intercostal vers le haut (3ème espace pour l'orifice de travail) avec un ciblage inférieur, garantissant une exposition valvulaire optimale sans sacrifier la qualité du geste technique.

Limites et mise en perspective

Bien que les résultats immédiats soient excellents avec une résolution de l'insuffisance mitrale (IM) et des gradients moyens post-réparation faibles (1 à 7 mmHg), l'étude est limitée par son faible effectif (n=3). La littérature citée par les auteurs souligne un risque de prolapsus mitral jusqu'à 17 fois supérieur chez les patients porteurs de pectus excavatum, probablement dû à une prédisposition génétique commune ou à des contraintes mécaniques extrinsèques. Ces cas confirment que la robotique est viable, mais la sécurité du patient impose une réévaluation constante de la visualisation à chaque étape de la procédure.

Implications pour la pratique clinique

Pour le chirurgien cardiaque, la gestion du pectus excavatum en robotique nécessite de ne pas rester figé sur les protocoles de placement de ports standards. L'utilisation de l'endoballon aortique, privilégiée ici (90% des cas dans l'institution source), permet de libérer de l'espace intrathoracique précieux en minimisant les dissections aortiques complexes dans un médiastin exigu. La réussite de ces réparations, allant de la pose d'anneaux d'annuloplastie (28 à 36 mm) à l'implantation de néocordages, prouve que la complexité de la paroi thoracique n'altère pas la précision du geste correcteur.

Concrètement, pour le praticien :

  • Flexibilité de l'accès : Le pectus excavatum n'est plus une contre-indication absolue ; pour les déformations inférieures marquées, décalez le positionnement des trocarts d'un espace intercostal vers le haut afin de compenser la réduction du volume thoracique.
  • Optimisation du champ opératoire : Privilégiez l'usage de l'endoballon (utilisé dans 90 % des interventions robotiques de ce centre) pour minimiser l'encombrement intrathoracique et limiter la dissection aortique dans un espace contraint.
  • Validation peropératoire : Réévaluez la qualité de l'exposition à chaque étape (après l'insertion des ports puis après le clampage) pour garantir que la morphologie thoracique ne compromet jamais la précision de la plastie mitrale.

Source

  • Titre original : Robotic Mitral Valve Repair With Severe Pectus Excavatum
  • Auteurs : Amit Iyengar, Cindy Song, Omar Toubat, Michael A. Catalano, Michael A. Acker, Michael Ibrahim
  • Publication : JACC Case Reports - 2026-05-01
  • DOI : https://doi.org/10.1016/j.jaccas.2026.108165

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