Se rendre au contenu

Végétation ou anomalie ? Le cas rare d'un cordage mitral trans-valvulaire

La découverte d’une structure mobile intracardiaque associée à une valvulopathie et des symptômes sy...

Un diagnostic différentiel rare : la bride cordale accessoire mimant une endocardite infectieuse

La découverte d’une structure mobile intracardiaque associée à une valvulopathie et des symptômes systémiques oriente classiquement le clinicien vers une endocardite infectieuse. Ce rapport de cas documente la présentation clinique d'un homme de 30 ans initialement traité pour une suspicion d'endocardite devant une dyspnée, une perte de poids de 4,5 kg et des images échographiques évoquant des végétations valvulaires.

L'objectif de cette étude est de décrire une anomalie congénitale exceptionnelle : un tissu mitral accessoire associé à une bride cordale traversant les cavités gauches. Ce trajet aberrant, s'étendant du limbus du septum interatrial jusqu'à l'aorte ascendante via la chambre de chasse du ventricule gauche et la valve aortique, a induit une double atteinte valvulaire mécanique complexe. Le défi diagnostique résidait ici dans la distinction entre un processus infectieux et une malformation structurelle rare provoquant une insuffisance aortique sévère et une insuffisance mitrale modérée. Les auteurs soulignent l'importance de l'imagerie multimodale (ETO, IRM cardiaque, scanner) pour rectifier le diagnostic et orienter la résection chirurgicale, évitant ainsi une antibiothérapie prolongée injustifiée.

Design et Évaluation Clinique

Ce rapport de cas détaille la prise en charge d'un patient de 30 ans présentant des symptômes évocateurs d'une endocardite infectieuse (dyspnée, fatigue, perte de poids de 4,5 kg). L'évaluation initiale a inclus un bilan biologique complet montrant une créatinine à 1,64 mg/dL et des marqueurs inflammatoires bas (VS 10 mm/h, CRP <0,3 mg/dL). Pour éliminer l'étiologie bactérienne, des hémocultures ainsi que des sérologies spécifiques (Bartonella, Coxiella, Brucella) ont été réalisées, revenant toutes négatives.

Protocole d'Imagerie Multimodale

Le diagnostic a reposé sur une caractérisation structurelle rigoureuse :

  • Échocardiographie (ETT et ETO) : Mesure d'une FEVG de 60-65 % et identification d'une structure cordage-like s'étendant du limbe du septum interatrial jusqu'à l'aorte ascendante.
  • IRM Cardiaque : Quantification d'une insuffisance aortique sévère (fraction de régurgitation de 48,8 %) et mesure du volume télédiastolique ventriculaire gauche (348,18 mL).
  • Scanner : Visualisation d'une structure hypointense au niveau de la chambre de chasse du ventricule gauche (LVOT).

Intervention Chirurgicale

L'approche thérapeutique a consisté en une chirurgie de réparation valvulaire urgente. Le protocole peropératoire a inclus :

  • Accès : Sternotomie partielle avec incision médiane et ostéotomie au 4ème espace intercostal.
  • Circulation extracorporelle (CEC) : Cannulation aortique et veineuse fémorale commune.
  • Protection myocardique : Administration de cardioplégie del Nido par voies antérograde et rétrograde.
  • Geste chirurgical : Exploration systématique des valves et résection des tissus accessoires identifiés au niveau de l'oreillette gauche et de l'aorte.

Une analyse anatomopathologique des tissus réséqués a été effectuée en urgence (coupe à congélation) puis de manière définitive pour confirmer l'origine congénitale de l'anomalie.

Profil clinique et explorations biologiques

Un homme de 30 ans, sans antécédents, a présenté une symptomatologie d'insuffisance cardiaque évoluant sur deux mois (dyspnée, perte de poids de 4,5 kg, fatigue). Initialement traité pour une pneumonie suspectée, la persistance des symptômes a révélé un souffle diastolique à l'examen physique. Les analyses biologiques ont montré une créatinine légèrement élevée (1,64 mg/dL) et des marqueurs inflammatoires quasi normaux (CRP < 0,3 mg/dL, VS 10 mm/h). Les hémocultures et les sérologies (Bartonella, Coxiella, Brucella) sont restées négatives, écartant l'hypothèse initiale d'endocardite infectieuse.

Imagerie multimodale et données hémodynamiques

L'échocardiographie transœsophagienne (ETO) a identifié une bande de tissu aberrante fixée au segment A1/A2 de la valve mitrale (VM), s'étendant dans l'oreillette gauche, traversant la chambre de chasse du ventricule gauche (LVOT) et l'orifice aortique pour se terminer dans l'aorte ascendante. Cette structure était associée à une insuffisance aortique (IA) sévère et une insuffisance mitrale (IM) modérée.

Paramètre (IRM Cardiaque) Valeur mesurée
Fraction d'éjection VG (FEVG) 55,23 %
Fraction de régurgitation aortique 48,8 %
Volume télédiastolique VG (VTDVG) 348,18 mL (164,91 mL/m²)
Volume d'éjection systolique 192,31 mL
Débit cardiaque 15,96 L/min

L'IRM a également mis en évidence une perforation focale du sinus coronaire gauche postérieur au niveau de la commissure avec le sinus non coronaire, sans abcès paravalvulaire.

Constatations peropératoires et histologie

L'intervention chirurgicale a confirmé la présence de deux structures distinctes :

  • Un cordage congénital reliant la face ventriculaire de la valve mitrale antérieure à l'endothélium aortique, près de l'ostium coronaire gauche.
  • Un second cordage s'étendant du limbus de la fosse ovale (oreillette gauche) vers la valve mitrale antérieure.

Le contact chronique avec le cordage rigide a provoqué une bisection de la cuspide coronaire gauche, nécessitant une réparation au Prolene 5-0. L'analyse histopathologique des pièces réséquées a révélé un tissu fibreux calcifié, confirmant l'absence de processus infectieux ou tumoral.

Analyse clinique et enseignements

Ce cas illustre la capacité des anomalies congénitales des cordages mitraux à simuler une endocardite infectieuse (EI). Le tableau clinique initial — perte de poids, fatigue et structure mobile visualisée à l'échographie — orientait fortement vers une étiologie infectieuse. Cependant, la discordance entre l'imagerie et la biologie a été le premier indice clé : les hémocultures sont restées négatives et les marqueurs inflammatoires étaient quasi nuls (CRP < 0,3 mg/dL, VS à 10 mm/h), ce qui est atypique pour une EI végétante symptomatique.

L'apport de l'imagerie multimodale s'est avéré décisif pour rectifier le diagnostic. Si l'ETT a initialement identifié une structure calcifiée unique attachée à l'anneau mitral et s'étendant dans la chambre de chasse du ventricule gauche (LVOT), c'est l'ETO qui a révélé la complexité du trajet de ce tissu aberrant. La structure traversait la valve aortique sans y adhérer, pour finir sa course dans l'aorte ascendante. L'IRM cardiaque (CMR) a complété ce bilan en mettant en évidence une perforation focale du sinus coronaire gauche, expliquant la sévérité de l'insuffisance aortique (fraction de régurgitation de 48,8 %).

L'intervention chirurgicale a confirmé la nature congénitale de la lésion, révélant un cordage s'étendant du limbe de la fosse ovale jusqu'au feuillet mitral antérieur, doublé d'un second cordage entre le feuillet mitral et l'endothélium aortique. Ces structures fibreuses et calcifiées ont agi comme des corps étrangers rigides, provoquant des dommages mécaniques par frottement chronique sur les cuspides aortiques. La prise en charge a nécessité une résection complète du tissu accessoire et une réparation valvulaire bivalvulaire.

Synthèse des résultats

Ce rapport de cas détaille la prise en charge d'un homme de 30 ans dont l'anomalie congénitale rare — un tissu mitral accessoire et un cordage s'étendant du septum interauriculaire jusqu'à l'aorte ascendante — simulait une endocardite infectieuse. L'imagerie (ETO et IRM) a objectivé une régurgitation aortique sévère (fraction de 48,8 %) et une bisection de la cuspide coronaire gauche induite par le frottement mécanique du cordage, confirmée par l'analyse histopathologique (tissu fibreux calcifié sans infection).

Concrètement, pour le praticien :

  • Douter de l'endocardite si la biologie est muette : en présence d'une masse mobile mais d'un bilan inflammatoire normal (CRP < 0,3 mg/dL) et d'hémocultures négatives, suspectez une anomalie structurelle congénitale.
  • Précision de l'imagerie multimodale : l'ETO et l'IRM sont indispensables pour cartographier ces structures aberrantes qui traversent le LVOT et peuvent impacter simultanément les valves mitrale et aortique.
  • Réparation valvulaire associée : la chirurgie ne doit pas se limiter à l'exérèse du tissu accessoire ; il faut systématiquement rechercher et corriger les lésions mécaniques induites par contact chronique, comme une bisection de cuspide, pour restaurer la continence valvulaire.

Lexique technique de l'étude

Tissu mitral accessoire : Structure tissulaire congénitale surnuméraire, localisée dans ce cas sur le segment A1/A2 du feuillet antérieur de la valve mitrale et s'étendant à travers la chambre de chasse.

Cordage accessoire de l'atrium gauche : Anomalie structurelle rare reliant ici le septum interatrial au feuillet mitral antérieur, mimant par sa mobilité une végétation d'endocardite infectieuse.

Limbus du septum interatrial : Bordure anatomique de la cloison séparant les oreillettes, identifiée comme le point d'insertion proximal de la structure cordale aberrante.

Flux holodiastolique inversé : Inversion du signal Doppler dans l'aorte thoracique descendante durant toute la phase diastolique, confirmant la sévérité hémodynamique de la régurgitation aortique.

Chambre de chasse du ventricule gauche (LVOT) : Segment anatomique de sortie du ventricule gauche, ici partiellement obstrué par le trajet de la bride fibreuse s'étendant jusqu'à l'aorte ascendante.

Échocardiographie transœsophagienne (ETO) : Imagerie de haute résolution ayant permis de caractériser le trajet trans-valvulaire complexe de la bride et de redresser le diagnostic initial de suspicion d'endocardite.


Source

  • Titre original : Congenital Left Atrial Mitral Accessory Chord With Accessory Mitral Valve Tissue Causing Dual-Valve Regurgitation
  • Auteurs : Muhammad Salman Sabri, Fahad Waqar, Eddy Mizrahi, Andrew Fireman, R. Scott Watson, James L. W. West, Mauricio Garrido
  • Publication : JACC Case Reports - 2025-12-02
  • DOI : https://doi.org/10.1016/j.jaccas.2025.106222

Information destinée aux professionnels de santé. Ce contenu peut comporter des erreurs ou des résumés tronqués. Nous recommandons de toujours vérifier avec l'article source original. Delynov se décharge de toute responsabilité quant à l'utilisation de ces informations. Ce document n'est pas destiné aux patients ni au grand public.

Réparation tricuspide : l'annuloplastie par anneau reste la référence
Longtemps qualifiée de « valve oubliée », la tricuspide fait l’objet d’un changement de paradigme cl...